Intelligence collaborative

Nous voici arrivés au dernier acte de cette série consacrée à l’intelligence collaborative et à l’agir collaboratif. Nous avons vu précédemment que face aux enjeux colossaux liés à la continuité numérique et à la transformation digitale, la mise en place d’un agir collaboratif s’impose. Nos métiers de l’Infra et du bâtiment connaissent une véritable révolution avec ce cap que nous devons tous passer ensemble. Pour conclure cette réflexion sur la collaboration, il nous a donc semblé essentiel d’aborder le rôle de l’éditeur de logiciel, pour vous accompagner dans ces nouveaux défis. Enfin, nous verrons à travers le regard de notre expert Serge Levan, si l’agir collaboratif est La solution pour passer le cap de la transformation digitale.

synthèse agir collaboratif


Quel est le rôle d’un éditeur de logiciel face à ce défi ?

Si on se limite au petit monde du BIM et même à celui encore plus petit, mais symbolique, de la maquette numérique, le rôle (donc le comportement) d’un éditeur est vraiment délicat. Il y a d’un côté la réalité économique de son entreprise et de son marché. Un éditeur est un « vendeur de technologie » qui est contraint de passer son temps à faire des « promesses technologiques » pour rester dans la course et garder sa place dans le peloton. Et ce peloton est conduit par les champions qui roulent devant et impriment une cadence imposée aux autres. C’est un monde en soi avec ses logiques technologiques, économiques mais aussi sociales et environnementales. Il y a ensuite d’autres réalités auxquelles l’éditeur est confronté. Pour rester simple, il y a celui de ses clients « directs » (les utilisateurs de ses produits et services) et celui de ses clients « indirects » (les multiples acteurs socio-économiques et politiques qui configurent son marché). On considère aujourd’hui que le taux des « pratiques BIM » en France est d’environ 35 %. Et que 50 à 60 % des entreprises leaders du BTP français ont adopté des « pratiques BIM » (seuls les « petits acteurs économiques » : architectes, petites structures d’études techniques, petites entreprises et artisans ont du mal à évoluer dans l’économie digitale). Contrairement à la Grande-Bretagne, la France a fait le choix d’encourager le BIM sans l’imposer. Et depuis 2014 une mission gouvernementale, le PTNB (plan de transition numérique du bâtiment) développe une politique qui se concentre sur « les conditions de déploiement des outils numériques ».

Face à cette situation, certains éditeurs peuvent profiter de ce « mainstream » politique en s’efforçant de vendre toujours plus de la même chose à leurs clients. La seule « innovation » consistant à coller, par exemple, l’adjectif « collaboratif » à toutes leurs soi-disant solutions. D’autres, sans ignorer pour autant certains avantages économiques de la nouvelle religion digitale, peuvent s’interroger avec plus de profondeur sur les approches, voire les injonctions technos centrées de la « maquette numérique BIM » et au-delà du « projet BIM ». Cela suppose une capacité à remettre en question la pensée magique qui accompagne le développement fulgurant du numérique dans le BTP. Cela suppose aussi une prise de recul qui ne semble plus autorisée tant la pensée dominante cherche à faire croire que seul le numérique apportera les bénéfices promis.

éditeur de logiciel

Un véritable éditeur de logiciel devrait avoir une double maîtrise : celle de l’organisation de ses clients pour lesquels il construit une proposition de valeur d’une part, celle des algorithmes avec lesquels il offre des fonctionnalités utiles à ses clients d’autre part. Accessoirement, il doit comprendre que le génie informatique est au service du génie organisationnel. Autrement dit que ces deux « ingénium » doivent… collaborer pour exploiter le potentiel d’innovation de leur intelligence collective ! Facile à dire… Pas nécessairement difficile à faire.


L’agir collaboratif est il LA solution pour passer le cap de la transformation ?

La collaboration c’est d’abord de la communication, et une communication de qualité. Ensuite la communication est constitutive de l’organisation. C’est parce que les humains communiquent que les organisations existent. C’est en communiquant ensemble, au sein d’une équipe projet, que l’agir collaboratif se construit progressivement, par décisions et actions successives. Actions et décisions correspondant à des modalités de coopération et de coordination. Les outils actuels de communication numérique ne facilitent pas la collaboration numérique. Ils rajoutent objectivement une couche de complexité. Notamment parce que ces outils transforment radicalement notre rapport à l’espace-temps. Aujourd’hui, travailler en plateau projet virtuel, requiert des connaissances et des compétences complètement inédites en particulier en matière d’intelligence relationnelle. Ce n’est pas un hasard si les compétences collaboratives numériques sont les premières des dix compétences reconnues comme prioritaires au 21e siècle. Ce sont à la fois des « hard skills » et des « soft skills ». Et les métiers de l’Infra et du  BTP ne sont pas les seuls à devoir relever ce défi.

Sans oublier que l’enjeu numéro un pour le BTP est sa contribution attendue à la sauvegarde de la planète. Les chiffres français sont en effet impressionnants : la construction représente environ 40 % des émissions de CO2 des pays développés, 37 % de la consommation d’énergie et 40 % des déchets produits. L’importance du BTP sous l’angle des enjeux écologiques est proportionnelle à l’importance de son poids économique soit environ 10 % du PIB français.

Et pour finir, on comprend aussi le rôle de l’industrie du logiciel dans cet effort collectif. D’autant que le numérique émet… plus de CO2 que l’aviation civile ! Qui sait que chaque requête émise sur Google émet environ 7g de CO2 ? Que chaque courriel envoyé (sans pièce jointe) produit environ 20g de CO2 ?
Individuellement, l’actant humain est reconnu comme intelligent. Mais collectivement, il montre chaque jour que c’est l’inverse… On pourrait au moins essayer, humblement, de faire autrement.


Épilogue

Nous voici donc arrivés au terme de cette série en 4 actes sur l’intelligence collaborative et l’agir collaboratif. Au fil des différents articles, nous avons pris conscience, que la collaboration n’est pas innée et que tout cela nécessite de réelles prises de conscience collectives. Ceci étant,  tout reste encore possible et demeure entre vos mains et c’est plutôt une bonne nouvelle. Quelle que soit la taille de vos entreprises, vous pouvez en effet décider de collaborer vraiment et efficacement. Derrière ces différents processus les enjeux sont de taille, qu’ils soient économiques ou environnementaux. Mais c’est donc bien tous ensemble, en supprimant les silos que vos organisations passeront le cap de la transformation digitale. L’agir collaboratif est une solution, mais elle n’est pas la seule. Chacun à son rôle à jouer pour relever le défi, c’est le moment ou jamais de montrer que l’Homme peut collaborer et que collectivement nous pouvons enfin être plus fort pour relever les enjeux de demain.

 

Biographie Serge Levan

Serge Levan est consultant formateur et professeur associé à l’Université de Technologie de Troyes. Il intervient également dans des formations au management du BIM à l’Université Catholique de Louvain (Belgique) et au CESI (France). Il est notamment co-auteur du livre « Les Managers du BIM (co-auteure Pervenche d’Audiffret, Eyrolles, 2018) et auteur du livre « Management & collaboration BIM (Eyrolles, 2016)

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