Intelligence collaborative

Quels sont les moments opportuns pour mettre en place un « agir collaboratif » 

Voici donc le thème de ce troisième opus consacré à la collaboration et à l’agir collaboratif. Avant d’en arriver à ce stade de la mise en place du timing, nous sommes passés par plusieurs étapes :

  • Nous avons posé le cadre autour du processus collaboratif et les 3 C concernant l’agir collaboratif : la communication, de la coopération et de la coordination.
  • Nous avons défini les différentes modalités inhérentes à la collaboration.
  • Nous avons identifié que la collaboration n’est pas dans notre nature et que donc collaborer ça se décide.

Passons donc désormais à l’action sur ce sujet de l’agir collaboratif en tentant de définir avec notre expert Serge Levan quel est le bon moment pour mettre en place un agir collaboratif dans vos structures. Afin de rester en phase avec vos préoccupations nous prendrons appui sur la mise en place d’un agir collaboratif au sein de bureaux d’études.


Mettre en place un « agir collaboratif » dans des bureaux d’études 

L’ingénierie est un archétype d’activité professionnelle où l’agir collaboratif est déterminant. On utilise d’ailleurs souvent l’expression « ingénierie collaborative » sans se rendre compte que c’est un vrai pléonasme. Aujourd’hui, dans la rhétorique managériale, l’ingénierie collaborative désigne la plateformisation généralisée des activités d’ingénierie. Autrement dit la « gestion collaborative du cycle de vie du produit » permettant aux différents intervenants, internes ou externes à une organisation, de partager les données, les informations et les connaissances aux différents stades du cycle de vie d’un produit, quel qu’il soit.

Agir collaboratif

On perçoit ici la convergence entre la « chose organisationnelle » (agir collaboratif) et la « chose technologique » (plateforme numérique). Cette convergence est censée se traduire concrètement dans toutes les activités du cycle de vie : analyses, conception, industrialisation, fabrication, maintenance, recyclage… Dans toutes ces activités, il y a des moments de réflexion, de décision et d’action. Sans entrer dans les détails et pour rester simple, c’est dans les moments de réflexion collective et de décision que l’organisation doit savoir exploiter le potentiel créatif de l’intelligence collaborative. Ce qui suppose donc d’avoir préalablement construit cet agir collaboratif. Un agir collaboratif qui doit composer avec tous les actants d’une organisation moderne : actants humains (managers, ingénieurs, techniciens, assistants…) et non-humains (outils logiciels, mais aussi règles, standards, croyances…).

C’est dire que le management de l’intelligence collaborative dans une société d’ingénierie, qu’elle soit petite, moyenne ou grande, consiste à développer et gérer les ressources intellectuelles d’une (ou plusieurs) équipe (s) pour lui (leur) donner la capacité de co-concevoir et de co-construire, donc de mutualiser des connaissances et d’innover dans des processus comme dans des solutions en réponse à un environnement de plus en plus volatil, incertain, complexe et ambigu.

On comprend qu’il ne faut pas confondre management collectif et management de l’intelligence collective. Dans le premier cas, il s’agit de construire l’agir collaboratif : développer l’autonomie d’une équipe, la motivation et la compétence à travailler ensemble. Dans le second cas, il s’agit d’exploiter le potentiel des ressources intellectuelles d’une équipe : connaissances, compétences et expertises, idées, propositions, analyses et visions, intelligences des situations.

Avec la recherche d’une véritable continuité numérique, le secteur de l’architecture, de l’ingénierie et de la construction est confronté à ce défi de l’agir collaboratif plateformisé avec la maquette numérique en conception comme en construction, et ensuite avec le jumeau numérique en gestion, exploitation et maintenance. Si on ne regarde que la conception où la coordination cognitive est primordiale, comment les parties prenantes, que sont les architectes et les ingénieurs, s’y prennent-elles pour collaborer sereinement sur un projet et tirer parti de leur intelligence collaborative ? On ne leur apprend rien de tout cela dans les écoles, ni dans les formations professionnelles.


Le concept de l’air collaboratif et le BIM

l'agir collaboratif et le BIM

Ce sujet de la collaboration et de l’intelligence collective nous fait inévitablement penser au BIM. En la matière est-ce que le concept d’agir collaboratif permet d’aller plus loin ?

Il faut être lucide : aujourd’hui les « projets BIM » relèvent plus de ce que j’appelle le « bricolage BIM » que de cette fameuse ingénierie collaborative dont on parle depuis plus de 20 ans. La maquette BIM n’est que le point d’entrée de la continuité numérique nécessaire à une ingénierie collaborative comprise comme couvrant l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment ou d’une infrastructure. La continuité numérique impose l’agir collaboratif et l’intelligence collaborative de toutes les parties prenantes : maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et maîtrise d’usage. Pour tirer les bénéfices attendus de la maquette numérique, du DOE (dossier d’ouvrage exécuté) numérique, et ensuite du jumeau numérique, on ne peut pas continuer à laisser de côté, professionnellement parlant, cette dimension sociotechnique d’un dispositif de projet qui va du BIM au DRIM (Deconstruction and Recovevry Information Modeling).

L’ingénierie du Building Lifecycle Management (BLM) est complexe. Il est logique que l’agir organisationnel à construire pour maîtriser cette complexité soit au moins aussi complexe. C’est une loi bien connue de la systémique (théorie de la variété requise : pour survivre dans un système complexe un élément doit renfermer en son sein au moins le même niveau de complexité). Ce n’est pas un hasard si l’agir collaboratif est complexe à construire, à maintenir et à développer. Mais a-t-on le choix face à ce défi ultime ?

 

Pour répondre aux  enjeux liés à la continuité numérique et de la transformation digitale, vous l’aurez compris, la mise en place d’un agir collaboratif s’impose. Le facteur clef de succès réside dans l’implication de tous,  humains  et non-humains. Nous savons tous que l’outil ne fait définitivement pas les stratégies, mais il est temps maintenant de s’interroger sur le rôle des éditeurs de logiciels dans la mise en place d’un agir collaboratif. C’est ce que nous vous proposerons dans le 4éme et dernier épisode de cette série. Outre le rôle des éditeurs de logiciel, nous tenterons de savoir si l’agir collaboratif est LA solution pour passer le cap de la transformation ?

 

Biographie Serge Levan

Serge Levan est consultant formateur et professeur associé à l’Université de Technologie de Troyes. Il intervient également dans des formations au management du BIM à l’Université Catholique de Louvain (Belgique) et au CESI (France). Il est notamment co-auteur du livre « Les Managers du BIM (co-auteure Pervenche d’Audiffret, Eyrolles, 2018) et auteur du livre « Management & collaboration BIM (Eyrolles, 2016)

 

Pour en savoir plus sur l’Agir collaboratif


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