Photo phasage Travaux Publics - COLAS

Si pour vous la transition numérique est un cap, un roc, un pic, voire une péninsule, cet article est fait pour vous ! Pour vous accompagner dans cette transition digitale incontournable et tenter d’éclairer vos lanternes, nous sommes allés à la rencontre de la cellule BIMbyCO mise en place par le groupe COLAS. Maud Guizol et son équipe ont accepté de partager avec nous leurs visions d’une transition numérique réussie sur fond de BIM et de BIM Infra. 

Pouvez-vous nous présenter la cellule BIMbyCO, sa stratégie, les métiers concernés et vos objectifs ? 

La cellule a été créée il y a 5 ans à l’île de la Réunion. Nous avons, en effet, une grosse direction technique dans l’Océan Indien et une forte présence à l’international. Au démarrage le BIM était très orienté bâtiment, or, nous couvrons de nombreuses activités dans le groupe : bâtiment, génie civil, rail, infrastructures routières, SPAC une filiale spécialisée dans les pipelines, la dépollution et la déconstruction. Cette cellule a donc une mission de stratégie, de gouvernance et de déploiement. 

Quand nous avons commencé, notre objectif était de travailler en multi métiers pour éviter les silos et les problèmes d’interopérabilité. La première étape a donc consisté à travailler sur des processus multi métiers : bâtiment/génie civil /infrastructure. 

Nous avons environ 50 filiales dans le groupe, alors nous avons mis en place un réseau de BIM référents, composé de 35 personnes aujourd’hui. Nous travaillons à la fois au déploiement de ces BIM référents et au déploiement filiale par filiale. Il s’agit donc d’une stratégie globale, mais aussi d’une stratégie en fonction des filiales, de leurs spécificités métiers et de leurs territoires. 

Quelles sont les autres grandes missions de la cellule BIMbyCO ? 

  • Nous avons une mission autour de l’innovation : Benchmarker sur toutes les nouvelles technologies en lien avec le processus BIM : réalité virtuelle, guidage d’engin, Intelligence Artificielle sur de la modélisation automatique… Tout un tas de sujets d’écosystèmes. Nous travaillons donc beaucoup en synergie avec la direction innovation.
  • Une mission d’assistance technique : nous sommes l’interlocuteur privilégié pour chacune des filiales sur les processus BIM. Lorsqu’il y a un projet BIM celui-ci passe par notre cellule pour vérification et sécurisation du risque. L’objectif étant de contrôler aussi la maîtrise du déploiement pour chacune des filiales, mais également de maîtriser le coût du BIM. En effet, une affaire peut aller de 10 000 à 700 000 € en termes de coût BIM et ce n’est pas forcément proportionnel au montant de l’affaire. Il est donc important de sécuriser le coût, les moyens technologiques et l’interopérabilité afin de ne pas s’engager dans des projets qui ne sont pas réalisables aujourd’hui.
  • Une partie production : c’est aussi l’originalité de notre cellule. Nous nous nourrissons de la production et de la remontée des problèmes concrets d’interopérabilité pour pouvoir orienter et rediriger les axes stratégiques sur la partie BIM. C’est important pour nous afin de rester connectés à la réalité du terrain et faire les bons choix stratégiques.
  • Une partie intégration de solutions : l’ingénierie du BIM est au cœur de notre métier. On parle beaucoup de la production, du manager, du BIM coordinateur, mais on ne parle pas assez de l’ingénierie. C’est un nouveau métier lié au BIM. Il permet de définir de nouveaux usages, d’appliquer le BIM à de nouveaux domaines, de travailler sur de nouveaux processus, ou de créer un outil pour pallier les problématiques d’interopérabilité. Nous faisons du consulting pour l’extérieur sur ce volet-là. 

Voilà l’ensemble de nos missions, nous faisons du BIM pour tous nos métiers. Nous avons par ailleurs gagné le BIM d’or sur la dépollution cette année. Le BIM n’était pas appliqué sur ce thème, il a donc fallu créer et définir les nouveaux usages. Nous pouvons « BIMer », tous les projets et compétences dans nos métiers. Nous sommes résolument en quête du tout BIM, que nous utilisons pour apporter de nouveaux usages. La maquette numérique peut faire de la conception, concevoir des scénarios de représentation. Nous utilisons également la réalité virtuelle afin de comprendre le message que peut percevoir l’usager, l’automobiliste ou le piéton. Aujourd’hui nous nous battons pour le « multi BIM ». 

Stratégiquement, nous nous orientons aussi sur le CIM, qui n’est finalement qu’une suite logique du BIM et un enjeu fort, car nous nous positionnons sur toute la partie Smart road, qui est une composante majeure de la Smart City et donc du CIM. 

Sur la formation vous avez fait le choix de la vidéo, quels ont été les résultats, retours des collaborateurs ? 

En effet, pour faire ce déploiement et avoir une définition commune du BIM, nous avons mis en place différents d’outils de formation et d’accompagnement. Le premier est un package avec un ensemble de programmes de formation sous forme de COOC (Corporate Open Online Course).

COOC (Corporate Onpen Online Course) BIMbyCO
Des cours à distance sur 25 épisodes qui durent entre 3 et 7 minutes avec pour objectif de faire monter en compétence l’ensemble des collaborateurs. Il y a 4 niveaux de maturité : 

  1. initiation au BIM 
  2. bases plus solides sur le BIM 
  3. pour les modélisateurs, coordinateurs 
  4. pour les BIM Managers 

Comme nous sommes une petite cellule nous n’avons pas le temps de former chaque collaborateur, d’où le choix de la formation à distance. C’est également un moyen d’avoir du monitoring sur le déploiement : savoir dans quel pays sont les personnes formées, leurs niveaux de maturités et ainsi ajuster notre déploiement en fonction de ces indicateurs. 

Nous n’étions pas très convaincus de l’effet, mais les retours sont très positifs. Tous les gens qui ont fait les COOC, les ont trouvés simples en termes de compréhension et de montée en compétences. Mais nous avons d’autres outils pour les accompagner : 

  • Une convention BIM par COLAS : elle a pour qualité d’être non seulement un guide d’implémentation BIM, comme les conventions du MINnD ou de Mediaconstruct. Mais elle est aussi sous forme d’une trame plutôt simple d’utilisation, avec des usages multi métiers. Nous avons raisonné sur des usages, Infra/ bâtiment/ Génie Civil. C’est aussi un outil majeur qui nous permet de proposer des formations sur-mesure et certifiantes, car c’est un document engageant.
  • Des tutoriels : Nous proposons des vidéos courtes pour expliquer des fonctionnalités par type de logiciels.
  • Un volet d’assistante technique : Guillaume travaille main dans la main avec les collaborateurs qui peuvent l’appeler quand ils ont une question technique. Nous les accompagnons à la fois sur la compréhension des pièces BIM de l’appel d’offres, et sur la faisabilité technique demandée par le maître d’ouvrage, qui parfois aura plutôt une expérience bâtiment et pas VRD Infra. Nous pouvons intervenir sur le chiffrage de prestations complémentaires liées au BIM. C’est un travail d’accompagnement pour que les 35 BIM référents deviennent autonomes. Nous sommes ensuite plus là pour vérifier que pour rédiger. 

Aujourd’hui, nous travaillons sur un sous-réseau de BIM référents, qui vont devenir experts et qui vont à leur tour s’appuyer sur un autre sous-réseau qu’ils vont créer : des modélisateurs, des coordinateurs qui vont monter en compétences, c’est la deuxième phase du projet. 

Sur la valeur perçue par les collaborateurs nous constatons que, grâce à ces différents supports, lorsque le 1er projet BIM de l’agence arrive il y a déjà une connaissance et des réflexes sur le BIM et sur la manière dont va se passer le chantier. 

Dans les COOC, on explique bien les pièges à éviter, nous sommes donc agréablement surpris des bons réflexes. Le message passe bien mais nous ne sommes pas encore à un déploiement total. Nous avons encore 2 ans pour bien consolider le réseau des BIM référents et le sous-réseau.

Vous arrivez à faire communiquer l’infra, le génie civil, le bâtiment, quels sont les bénéfices de ce processus collaboratif ? 

Nous démystifions le BIM infra, car nous avons beaucoup entendu parler du BIM bâtiment, où l’on résonnait en 2D pour construire en 3D. Alors que dans l’infra on était déjà sur des outils avec cette logique de 3D intelligente, comme Covadis ou Mensura. Pour nous, le BIM infra a été relativement simple du fait de ces outils et de la maîtrise de la modélisation. Quand ils sont devenus BIM compatibles le déploiement a été simple, car nos interlocuteurs faisaient finalement déjà du BIM sans le savoir. 

Pour en revenir au processus collaboratif, les outils ont suffisamment évolué pour compiler les différentes maquettes métiers, faire du BIM multi métiers et générer de nouveaux usages, comme le clash par exemple. Par contre, le problème c’est qu’on ne parle pas assez du BIM Infra. Quand on a du BIM infra c’est sur des projets liés à du bâtiment, or nos maîtrises d’ouvrages et nos entreprises ne sont pas vraiment sachantes. Donc, notre problématique est liée à cette méconnaissance des outils et à une peur de ce BIM infra. Alors qu’aujourd’hui, en matière de processus, il y a très peu de barrières pour faire un projet multi métiers. 

Nous voulons faire passer le message que nos outils, utilisés historiquement dans l’entreprise pour nos modélisations VRD, étaient déjà orientés objet et donc dans une logique BIM. En se formant en continu sur ces logiciels, avec des bonnes pratiques de modélisation ce n’est finalement qu’un prolongement de notre logique. 

D’ailleurs le BIM Infra est plus adopté par les projeteurs infra, car pour eux ce sont juste des fonctionnalités que l’on rajoute, qui vont leur apporter d’autres éléments et qui vont les valoriser : le clash, faire du timliner par exemple. C’est un reflet très positif du BIM Infra qui apporte des nouveaux usages, qui vont leur permettre de se différencier sur leur projet. Cette valorisation fait que les gens adhèrent plus facilement au BIM Infra. A contrario, dans le bâtiment, cela demande un effort de modéliser sur un nouvel outil, et souvent on préfère faire comme avant.

Quels conseils pouvez-vous apporter à des entreprises qui n’ont pas encore passés le cap de la transition numérique ? 

Ne pas tomber dans le piège du silo justement. Ne pas imposer des outils et une méthode de travail à tout le monde. Mais plutôt utiliser le BIM pour créer de la transversalité, respecter les métiers de chacun. Il faut davantage travailler sur l’interopérabilité que sur le changement de tous les outils, essayer de voir comment chacun peut garder son outil métier et aller dans cette transition. Accompagner, former, ne pas brûler les étapes en s’appuyant sur les bons outils qui existent. 

Enfin, il faut faire de la transversalité dès le départ sinon ce sera un échec. Si on n’arrive pas à travailler ensemble en interne dans une entreprise, ce sera forcément difficile de collaborer avec une entreprise extérieure. 

On entend souvent que le frein principal du BIM c’est l’Homme, êtes-vous d’accord avec cela ? 

Oui tout à fait, nous l’avons vu dans nos services. La peur que les jeunes dépassent le maître, la peur de changer, de ne plus maîtriser. D’où l’importance de travailler sur l’interopérabilité et tenter de garder les outils dans lesquels on se sent à l’aise. Travailler sur la collaboration implique un changement de mentalité fort, c’est presque donner une nouvelle identité à une entreprise. Apprendre à partager, à penser à l’intérêt du projet avant de penser à ce que le projet peut apporter à l’individu, c’est la vraie notion de la collaboration. Travailler en mode projet n’est pas inné chez l’Homme. C’est un vrai changement culturel qui change même le business-model des entreprises, car nous sommes vraiment dans la transparence, dans l’accompagnement du client. C’est une autre philosophie, nous prenons même plaisir à travailler avec nos concurrents dans des projets comme le MINnD car nous le faisons pour cette quête de l’open BIM, de nouveaux processus qui serviront l’ensemble de la profession. C’est sain de travailler ainsi mais nous n’avons pas l’habitude. 

Le plus compliqué n’est donc pas de modéliser mais bien de collaborer. 

Un grand merci à :

Maud Guizol cheffe du pôle BIM-construction numérique 

Guillaume Tignon BIM Manager 

Remi Colin Responsable du pôle média et digital 

 

 

 

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